Brigitte Waché
Brigitte Waché

Brigitte Waché, 
Présidente émérite de la SFEM
Professeur émérite des Universités (CERHIO-Le Mans)

            À l’heure où, sur le modèle des congrès eucharistiques nationaux, naissent à partir de 1930, les congrès marials nationaux, le souci se manifeste de promouvoir et approfondir l’étude de la mariologie en France. C’est avec cet objectif que le montfortain Benjamin Morineau (1876-1949), suggère lors du congrès marial de Liesse de 1934, la création d’une Société française d’études mariales pour « promouvoir l’étude du Mystère de Marie ». Elle tient sa première session chez les jésuites à Paray-le-Monial les 4 et 5 septembre 1935 et consacre ses travaux à l’étude d’auteurs dont les apports à la théologie mariale sont particulièrement riches : saint Albert-le-Grand, saint Thomas, saint Bernard. Les sessions suivantes sont consacrées d’une part, dans la perspective de l’édition d’un manuel (ce seront les huit volumes de Maria), à l’enseignement de la mariologie et à la méthode qu’elle suppose, et d’autre part à des questions en rapport avec les recherches en cours et les compétences des différents intervenants.

            En reprenant ses travaux après l’interruption de la guerre, la Société décide de s’orienter vers l’étude de thèmes s’étalant sur plusieurs années ; elle choisit celui qui s’imposait à cette époque, l’Assomption, sur lequel elle travaille durant trois années consécutives, de 1948 à 1950 ; et les travaux de la SFEM n’ont pas été sans impact sur l’élaboration de la formulation du dogme.

            Entre 1951 et 1970, tous les thèmes retenus s’inscrivent dans une réflexion préparant, accompagnant, et continuant la réflexion du concile Vatican II. La phase de préparation correspond aux sessions sur Marie et l’Église (1951 à 1953), La Nouvelle Ève (1954 à 1957), La maternité spirituelle de Marie (1959 à 1961) : trois « thèmes-clés de Vatican II » pour reprendre l’expression de René Laurentin, présent à la SFEM dès 1947. La phase d’accompagnement du concile correspond, pour la Société, à sa session sur Marie et l’œcuménisme (1962-1964). Quant à la phase de réception, elle est inaugurée en 1965 avec La Vierge Marie dans la Constitution sur l’Église et se poursuit avec les sessions qui s’inscrivent dans le prolongement de l’enseignement du concile et sont centrées sur la présence de Marie dans la vie de l’Église : Recherche sur l’intercession de Marie (1966 et 1967) et Le Saint-Esprit et Marie (1968-1970). Dans la même ligne et plus récemment, la session sur Marie dans la liturgie, organisée et 2011 conjointement avec l’Institut supérieur de Liturgie de l’Institut catholique de Paris, insistait sur l’actualité de Marialis cultus (1974).

            À partir des années 1970, s’était manifesté le souci d’ausculter la vie de l’Église pour y dégager la place de Marie. Après Marie dans les congrégations religieuses d’inspiration mariale (1972), vinrent plus tard : La Vierge dans la catéchèse (1999), La Vierge dans l’enseignement de la théologie (2001), Marie et les missions (2006-2007). Plusieurs éléments du contexte ont contribué au choix des thèmes retenus. Ainsi, sur le plan historiographique et sociologique, l’intérêt croissant des sciences humaines pour la pratique religieuse, et pour la « religion populaire » en particulier, ont incité à intégrer ces problématiques dans l’optique affichée aux origines de la SFEM d’une conciliation entre rigueur scientifique et référence à la foi de l’Église. S’inscrivent dans cette ligne : Vraies et fausses apparitions dans l’Église (1971), La Vierge Marie dans la piété du peuple chrétien depuis Vatican II (1991), Pèlerinages et processions (2008), Marie, éducatrice de la prière (2014). La question féminine a également été prise en compte, avec les travaux sur Marie et la question féminine (1973 et 1974) et sur La figure de Marie, lumière sur la femme (1988-1990). La place de Marie dans les spiritualités a fait l’objet de plusieurs sessions, soit dans une approche globale (Spiritualité(s) mariale(s) d’hier à aujourd’hui, 2017) soit en privilégiant une famille spirituelle (La Vierge dans la tradition cistercienne, 1998), ou une période : La Piété envers Marie au XVIe siècle (1978) ou Marie dans la pensée et l’œuvre de figures spirituelles du XXe siècle (2019).

            Ces choix centrés sur la vie de la communauté ecclésiale ne signifient pour autant que la Société se soit détournée des questions plus doctrinales car elle garde présents à l’esprit les objectifs des origines visant à une meilleure intelligence du donné révélé. Les critères retenus sont divers : aider à la réception des documents du Magistère (c’est le cas pour Marie et la fin des temps, 1984-1986) ; contribuer à la préparation des grands rassemblements ecclésiaux (Marie et l’Eucharistie, en 1980, prépare le congrès eucharistique de Lourdes de 1981) ;  tenir compte des interrogations suscitées par les débats théologiques, voire les controverses de l’heure (Faut-il réviser les dogmes concernant Marie, 1981 ; La Virginité de Marie, 1997) ; tenir compte de l’actualité des recherches (Marie dans les apocryphes chrétiens, 2003-2004 ou  plus récemment : Mariologie et anthropologie en dialogue, 2018).

            L’évocation des travaux de la SFEM ne peut passer sous silence une autre constante : leur dimension pluridisciplinaire. Approches biblique, patristique, historique, se conjuguent toujours dans les réflexions menées lors des sessions. Il est possible également de noter le recours précoce à l’iconographie. Certes l’iconographie peut être au cœur de la démarche lorsqu’il s’agit, par exemple, d’étudier les images de Marie (1976-1977). Dans d’autres cas, le recours à l’iconographie, plus marginal au premier abord, constitue néanmoins un apport enrichissant à la problématique d’ensemble. En toute hypothèse, elle n’est jamais exclusive des autres sciences humaines car l’intelligibilité des images suppose l’étude du fondement biblique et théologique auquel elles se réfèrent et du contexte historique dans lequel elles s’inscrivent. Le souci d’intégrer une approche iconographique portant sur la période contemporaine a motivé en 2015 le choix du thème de la session d’Orsay : La figure de Marie dans les expressions artistiques récentes.  

            Si l’évolution des questions abordées est en rapport avec le contexte ecclésial et culturel, elle est aussi le reflet d’une diversification du recrutement de la Société, quand elle n’en est pas l’élément déclencheur. Au départ, la Société était composée de membres titulaires, « théologiens et érudits qu’attire le problème de Marie », et de membres honoraires intéressés par les travaux de la Société mais ne se sentant pas suffisamment compétents pour y participer de manière active. En fait, le climat dans lequel se déroulent les travaux de la Société, climat de prière et de fraternité, a permis qu’il n’y ait guère de différence entre les deux catégories de membres. Initialement la Société ne comptait pas de femmes. Une évolution s’est amorcée dans les années 1970, précisément lorsque des questions relatives à Marie et à la question féminine ont retenu l’attention de la Société. Aujourd’hui, la présence féminine est devenue habituelle. Un autre aspect de l’évolution de la Société est son ouverture aux pasteurs et aux recteurs de sanctuaires, au cours des années 1980 ; de même les liens avec les œuvres mariales se sont-ils parallèlement développés. La diversification du recrutement s’accompagne d’une diversification dans les attentes des participants, les uns ayant des préoccupations plus directement pastorales, tandis que d’autres mettent l’accent sur l’aspect « société d’études ». Néanmoins ces deux objectifs ne sauraient être contradictoires. Ce serait d’ailleurs trahir l’esprit des origines de la Société qui se voulait, par les retombées de ses travaux « collaborer à ce grand mouvement qui, dans l’Église, emporte les âmes vers Marie pour aller à Jésus-Christ ».

            Il convient enfin de signaler que l’activité de la Société s’inscrit délibérément dans un contexte international, en premier lieu par une participation aux congrès organisés tous les quatre ans par l’Académie pontificale mariale internationale (PAMI). Les deux derniers se sont tenus respectivement à Rome puis à Fatima. Celui qui était prévu à Rome en 2020 a été reporté à septembre 2021.

Pour aller plus loin :

–  Georges Jouassard, « La Société française d’études mariales », Maria, 3, Beauchesne, 1954, p. 629-633.

– Charles Molette, « Le Père Benjamin Morineau, montfortain, fondateur de la Société française d’études mariales », Études mariales, Bulletin de la Société française d’études mariales, 43e session, 1986, p. 19-65.

– Charles Molette, « Jalons pour une histoire de la Société française d’études mariales », Études mariales, Bulletin de la Société française d’études mariales 60e session, 2003, p. 225-251.